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La dissertation - Exemple d'un plan analytique sur le comique/le tragique.

Cet exemple vaut à la fois pour les Terminales L, qui sont amenées à réfléchir sur une œuvre, que pour les classes de Premières ou de Secondes car les élèves pourront le rapprocher de l'objet d'étude comédie/tragédie et comprendre les liens entre ces deux genres ainsi que leurs caractéristiques.

Sujet :
En évoquant la réécriture du mythe d'Œdipe dans la Machine Infernale, Jean Cocteau écrit qu'il a voulu faire « une grosse farce ». Quelles sont selon vous les différentes fonctions du comique dans cette tragédie ?
 
 Analyse du sujet :
- Question ouverte, plan analytique.
- Problématique : dans une pièce qui s'intitule tragédie quel est l'intérêt d'utiliser le registre comique ? Il s'agit donc de mettre en tension les deux genres comique t tragique.
 
 
Plan :

I- La fonction divertissante de la « grosse farce »

A-Les différentes formes de comique, l'héritage de la farce
-Dans cette pièce alternent des scènes burlesques et des scènes tragiques : comique de situation, acte I, apparition du fantôme du roi Laius aux soldats de garde sur les remparts de Thèbes, il apparaît quand il ne peut s'exprimer, et disparaît quand il le peut ; comique de mots, surnom ridicule au devin Tirésias dit Zizi, comique de caractère, l'obstiné Laius.

B- Des personnages caricaturaux
-Œdipe n'est plus le héros de la légende mais un homme/enfant à qui le Sphinx donne la réponse de l'énigme, Jocaste est une reine frivole qui sent le danger mais ne le comprend pas, Créon incarne l'Ordre autoritaire et obtus, Antigone une petite fille capricieuse.

C-Un mauvais goût affiché
-La sphinx tombe amoureuse d'Œdipe, Tirésias a perdu son aura de devin respecté, Jocaste manque de s'étrangler avec son écharpe à l'acte I dans les escaliers. Elle va en « boite » alors que le peuple s'inquiète du sort du royaume.
=Ce comique a une fonction littéraire dans l'œuvre de Cocteau : la revendication de sa liberté.

 
  II-Il s'agit de renouveler au XXème le genre poussiéreux de la tragédie
 
A-Le langage
-Il est familier donc non conforme aux exigences canoniques du XVIIème qui souhaitait un langage noble ; Relevez les écarts de langage dans la pièce , le titre « Machine »évoque le milieu industriel, peu « noble », le dialogue entre les soldats acte I, etc.

B-Les personnages
-Ne sont nobles que par leur titre, leurs actions sont peu en harmonie avec le « modèle » qu'ils sont censés représenter. Œdipe n'est pas vraiment présenté comme un roi, en tout cas il est moins noble que chez Sophocle, par exemple.

C-Les anachronismes
-Références à un opéra de Wagner, les boites de nuit, le mélange de mythologies grecque et égyptienne, Jocaste parlant avec un accent « royalties », etc.
= Au-delà de la provocation éventuelle, le comique « propre de l'homme » est employé selon Rabelais afin de ne pas pleurer.

 
III-Le comique met à distance le tragique et permet de le supporter
 
A-Le tragique est présent mais il est parodié
-Apparition de Laius, personnage tragique et ridicule, prisonnier de sa condition de fantôme, il porte sur lui les marques du destin avec la trace rouge sur sa tempe, les soldats se moquent de lui en l'imitant. Parodie de l'Acte I d'Hamlet de Shakespeare.

B-Le rire dans la pièce est un exutoire
-Le thème d'Œdipe est épouvantable : inceste et parricide, deux interdits fondamentaux de notre civilisation, déchaînement du destin contre le personnage. Or Cocteau a choisi de mettre à distance les conséquences abominables des actions d'Œdipe pour mieux les supporter, et pour mieux humaniser son héros. Ce qui intéresse Cocteau c'est la faille dans tout être humain, au-delà de la fonction d'exemple de la tragédie. Le héros pour Cocteau est un homme comme tout le monde, ridicule, fat et attendrissant. Le rire désacralise le héros.

C- Exorciser ses propres démons
-Le père de Cocteau s'est suicidé par balle, (Laius est son reflet déformé ) et il est resté très attaché à sa mère, orphelin de père à 10 ans. Le thème de l'inceste ne pouvait que parler à ce grand artiste sensible.