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Le commentaire - Exemple rédigé de paragraphes de commentaire

Exemple de paragraphes de commentaire sur le chapitre de la guerre dans Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.
Collection Folio, p. 25 à 29.
photo de Pierre Duverger, fin des annéées 50

      Céline, dans son roman Voyage au bout de la Nuit, met en scène un double de lui-même, Bardamu, afin de dénoncer les horreurs de la guerre.

      Dans un premier temps, l'adoption du point de vue interne, (c'est-à-dire que la scène est vue d'après le personnage principal, Bardamu) permet au lecteur de se sentir proche du personnage, et donc d'adhérer plus facilement à ses opinions. En effet, nous avons accès aux pensées de Bardamu ainsi qu'à ses sentiments. Le fait d'avouer ses bassesses ( l'envie de meurtre aux lignes  68 à 70, ou bien la peur, aux lignes 17 à 19) le rend plus humain, donc plus attachant. L'utilisation d'une langue orale (« rien à dire », l.6, « chacun sa guerre » que je me dis ») renforce cet aspect. Le style n'est pas recherché, Bardamu est un homme comme un autre.

      De plus, nous pouvons constater que l'auteur peint le tableau  répugnant des atrocités de la guerre. Pour cela, il utilise un vocabulaire cru et réaliste comme le montrent les expressions «  le cavalier n'avait plus sa tête, rien qu'une ouverture au-dessus du coup » (l.76), « le colonel avait son ventre ouvert » (l.79). Les champs lexicaux de la boucherie, avec les mots «  viandes », « sang », et de la cuisine, avec les références à la « marmite », la « confiture » et les « glouglous », accentuent le dégoût du lecteur, qui comprend que les cadavres ne sont plus que des carcasses d'animaux. La guerre ôte à ceux qui la font leur caractère humain. L'agressivité du monde guerrier est aussi exprimée par la métaphore de « l'essaim de balles ». Les guêpes sont en effet mortelles quand leurs piqûres sont nombreuses, et le champ lexical de la mort qui imprègne le texte, ainsi que les allusions à l'Enfer ( les références au « charbon » , les expressions « allumer la guerre » et « à présent ça brûlait » l.10 et 11), achèvent de dépeindre cet univers angoissant et fatal.

       De même, pour mieux souligner sa dénonciation et faire du lecteur un complice, Céline use de l'ironie et de l'absurdité. En effet, il n'hésite pas à comparer la guerre avec les jeux de hasard et de divertissement comme l'évoquent le « tirage au sort », « «  la chasse à courre », qui est un luxe pour une classe sociale élevée, et les « fiançailles » aux lignes 5 et 4. La guerre devient ainsi une bagatelle parmi d'autres. De plus, il montre bien l'absurdité de certaines situations comme le fait de « se tirer dessus sans se voir » ( l.1), la danse macabre et ridicule des deux cadavres qui s'embrassent alors que l'un d'eux a perdu sa tête (l.75). L'ironie est aussi au service de la critique virulente, comme en témoigne l'utilisation de l'antiphrase (l.5),  « les gens sérieux », c'est-à-dire ceux qui font la guerre ou bien qui la prêchent.

       Céline s'attaque aussi à une des plus grandes valeurs associées à la guerre : l'héroïsme. Pour l'auteur cette valeur ne peut pas être tenue pour noble car la guerre est la pire chose dont les hommes sont capables. Les conséquences sur les hommes sont en effet désastreuses. Le colonel, qui représente l'armée, est un faux héros, qui sous les balles se comporte comme le dernier des hommes. Alors qu'on lui annonce la mort du maréchal Braousse, il se montre parfaitement indifférent. Il suffit pour s'en convaincre de remarquer les répliques de ce dernier lors de l'échange avec le messager. Le colonel ne fait que répéter « et alors ? » et ne s'enquiert à la fin que du pain dont était chargé le malheureux Barousse. La nourriture devient plus importante que la vie des hommes. Même si l'on peut comprendre qu'il faille s'occuper sur le champ de bataille des soldats vivants, l'absence totale de compassion, soulignée ici par Céline, montre que l'auteur est révolté par ce comportement, et comme pour s'en venger, il élimine le colonel par un obus radicalement « bien placé ». Bardamu lui-même, représente l'ensemble des hommes affectés par la guerre. Il a peur et devient lâche, comme le montre sa nette préférence pour la prison. Il est prêt à trahir son camp (voler de la nourriture, par exemple) pour se faire emprisonner. La dénonciation de la guerre devient flagrante quand le personnage évoque la prison en des termes mélioratifs, « une toute prête , au soleil, au chaud », « une prison pépère ». Le déshonneur est préférable à la mort. De même, Bardamu se montre égoïste quand il évoque la guerre comme moyen de se débarrasser des personnes gênantes. « Chacun sa guerre » est une expression individualiste qui souligne bien la détresse des hommes, qui ne pensent qu'à « sauver leur peau », au détriment des autres.

        Pour finir, la révolte de l'auteur transparaît dans le langage familier, voire ordurier, comme en témoignent les insultes proférées, ou les expressions populaires. La guerre est désignée par une injure « la vache », l.9, le colonel est rabaissé à son état animal, « la carne », l. 15, et son rôle est ridiculisé par l'appellation « mariole », l.14. Le but est double : choquer, provoquer le lecteur, et bien sûr rabaisser une pratique qui pendant longtemps était considérée comme un art que l'on enseignait. L'héroïsme, le patriotisme, la bravoure disparaissent, et ne sont plus que des vieux thèmes littéraires au services des récits épiques. La réalité de la guerre est autre nous dit l'auteur qui, comme son personnage, a perdu ses illusions sur le monde et les hommes.
 
Il est important dans cet exemple de distinguer : l'idée conductrice principale (le I), l'idée principale de chaque sous-partie, les exemples tirés du texte et l'analyse des exemples (qui doit mêler les outils stylistiques et votre propre développement).