BiblioLettres
Cours de français, conseils méthodologiques
Accueil > Courants Littéraires > La Renaissance et le courant humaniste > Composition de Gargantua, 1534
La Renaissance et le courant humaniste - Composition de Gargantua, 1534


Gargantua est plus achevé que Pantagruel, 1532, qui narre les exploits du fils inventé du géant Gargantua. Plus tard, en 1542, Rabelais remettra dans l'ordre les deux livres, et écrira la suite des aventures de Pantagruel.
 
 
L'éducation dans Gargantua

Gargantua est né par l'oreille de sa mère, Gargamelle, suite à une indigestion de tripes ! Il tient de son père, le bien nommé Grandgousier, car son premier cri fut : « A boire ! ».
La petite enfance de Gargantua se passe dans le monde paysan, à Chinon, et est marquée par des épisodes rustiques et franchement scatologiques : le meilleur moyen de se « torcher le cul » étant l'utilisation d'un oiseau bien duveté !
Il suit les préceptes des théologiens ou sorbonagres, ainsi appelés dans la première édition, qui représentent les sophistes, l'éducation moyenâgeuse, la « barbarie » médiévale. Son premier maître se nomme Thubal Holopherne. Dans les chapitres XX et XXI, Rabelais développe les effets de cette éducation désastreuse et lui oppose une pédagogie humaniste, délivrée par son maître, Ponocrates, signifiant le laborieux.
l'éducation de Gargantua par Gustave Doré
La critique est rétrospective, car les préceptes humanistes se sont déjà propagés : l'imprimerie, Erasme, la découverte des textes anciens  ont permis l'émergence d'une nouvelle façon d'éduquer.
Le corps et l'âme se trouvent réunis, l'élève montre une soif (!) illimitée de savoir, de connaître, de pratiquer, de créer, de croire. Gargantua perd ses aspects de folklore populaire pour prendre toute sa mesure symbolique. Il est l'homme nouveau de la Renaissance, le géant rompu à tous les arts, toutes les activités physiques et intellectuelles.
 
 
La guerre entre Gargantua et Picrochole

Picrochole incarne le souverain autoritaire, colérique et arbitraire, obsédé par ses conquêtes, ses rêves de gloire, impulsif qui croit le premier récit venu et ne vit que pour la vengeance.
Gargantua et son père, Grandgousier proposent une image parfaitement opposée : le temps n'est plus aux conquêtes, seul le bon droit peut assurer la victoire. Un souverain sage (François Ier) doit accorder son pardon aux vaincus afin d'éviter de nouvelles guerres, il est le garant d'une stabilité entre les peuples. Il est aussi le modéré, celui qui sait tempérer ses passions et écouter sa raison.
Frère Jean des Entommeures est une  création originale de Rabelais : un moine guerrier, bagarreur qui met tout son cœur et ses poings à servir les intérêts de son maître ! C'est l'amour de l'action qui guide ce personnage, et montre ainsi l'intérêt d'allier la pensée et l'engagement concret.
 
 
L'utopie de l'abbaye de Thélème

Bâtie à l'intention de Frère Jean, Thélème signifie « volonté libre ». Cette abbaye n'a pas de mur extérieur, ni d'horloge, elle accueille les jeunes gens des deux sexes, qui apprennent les différents arts, les langues, et reçoivent une éducation fidèle aux valeurs de l'humanisme : l'honneur, la tolérance, la courtoisie.
l'abbaye de Thélème
L'architecture est celle de la Renaissance : « en figure hexagone, haute de six étages », « cent fois plus magnifique que n'est Bonnivet, ni Chambord, ni Chantilly. » Les matériaux précieux, les pierreries, les peintures et tapisseries, la nature ordonnée sous la forme de vergers, de jardins, la présence d'une chapelle dans les 9332 chambres, le souci de l'hygiène, des parfums, de l'eau de rose sont autant d'éléments fondamentaux de l'univers utopique qui nous rappellent que l'abbaye de Thélème est autant un modèle parfait de la philosophie du courant humaniste, que l'incarnation de la dénonciation moqueuse des insuffisances de l'époque de Rabelais.