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Biographie de Rabelais - biographie de Rabelais : la naissance de Gargantua et Pantagruel

 
La naissance de Gargantua et de Pantagruel
Gargantua et ses parents, Gargamelle et Grandgousier, 1537

En 1532, Rabelais reprend le personnage de la tradition populaire, Gargantua ( dont le livre les grandes et inestimables chroniques de l'énorme géant Gargantua a été écrit en 1532) et lui invente un fils Pantagruel (petit diable dans les Mystère qui versait du sel dans la bouche des ivrognes). De là il publie sous le nom d'Alcofibras Nasier les Horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel, roi des Dispodes, fils du grand géant Gargantua. En 1534, il narre les exploits du père, Gragantua.
 
Derrière Gargantua il faut voir François Ier et sous les traits de Picrochole l'irascible guerrier deviner Charles Quint. Les combats entre le géant et le ridicule va-t'en-guerre (étymologiquement, Pichrocole siginfie "bile amère") font revivre le conflit existant entre les deux grandes puissances. Les deux oeuvres plaisent à François Ier car elles lui permettent de mettre en Europe les rieurs de son côté, et en ces temps de l'Inquisition meurtrière se moquer de son ennemi est une arme politique.

Ce n'est qu'en 1542 que Rabelais remet Pantagruel et Gargantua dans l'ordre et signe de son nom. En 1543 les deux oeuvres sont censurées, jugées scandaleuses. Les théologiens et autres pédagogues de la Sorbonne ne goûtent pas la critique rabelaisienne. On reproche à Rabelais son style grossier, (l'utilisation du français langue populaire au lieu du latin est jugée déplacée), son vocabulaire outrancier, ses obsessions du corps et de toutes ses fonctions plus ou moins basses. C'est oublier que Rabelais est médecin, qu'il cherche à concilier corps et esprit, à réabiliter ce qui fait que l'on est homme : fornication, beuverie, gueletons, tout doit être pratiqué, sans fausse pudeur! Le géant est en réalité un homme nouveau, assoifé de tout connaître, figure d'un nouveau modèle à suivre.

Car Rabelais est en colère. Derrière ses outrances le lecteur perçoit l'écoeurement de l'humaniste qui voit tous les jours la tyrannie, qu'il est lui-même obligé de fuir, les excès de violence pratiquée au nom de Dieu, le luxe et la luxure pratiqués au Vatican par ses Papes successifs qui vivent en concubinage et font des batards, oublieux des préceptes fondamentaux de la Sainte Ecriture. Rabelais n'est pas un prude, mais il y a des limites : en homme qui aime profondément le genre humain, il dénonce cette Eglise qui s'est perdue, gâtée et il veut la réformer de l'intérieur, à sa façon, sans fonder à son tour une nouvelle Eglise (ce qu'il reprochera à Calvin, à Henri VIII par exemple). Il veut faire rire, rire pour dénoncer, rire pour corriger, rire aussi pour ne pas pleurer.

"Amis lecteurs, qui lisez ce livre/ (...) Quand je vois le deuil qui vous mine et consume :/ Il vaut mieux écrire du rire que des larmes,/ Parce que le rire est le propre de l'homme./ VIVEZ JOYEUX." (Aux lecteurs, Gargantua).