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Biographie de Nerval - Une errance psychique et poétique

 
 Une errance psychique et poétique   
 
Femmes d'Alger dans leur appartement, Delacroix, 1834
Quand Gérard de Nerval retrouve sa raison, c'est pour apprendre la mort de Jenny. Il décide de partir en voyage, en 1843, pour l'Orient, mais ne publie le fruit de cette expérience dans son Voyage en Orient  qu'en 1851. Sur place il tombe amoureux de la fille du cheikh, chef de la secte des Druzes du Liban avec laquelle il veut se marier. Puis à son retour, il s'émeut des conditions de vie d'une esclave, Zeynab, qu'il achète,  mais libère en 1846. 

L'année 1853 marque les débuts des crises de folie régulières : il fait 7 séjours dans une maison de santé, il réussit à s'enfuir (les médecins le pensaient guéri) jusqu'au jour où on le vit au Palais-Royal tenir en laisse un homard.

Il devient le pensionnaire de la clinique du Docteur Blanche, à Passy, et dit un jour à l'un de ses amis : « C'est aimable à vous de venir, ce pauvre Blanche est fou, il croit qu'il est à la tête d'une maison de santé et nous faisons semblant d'être des aliénés pour lui être agréables ; vous allez me remplacez, parce qu'il faut que j'aille demain à Chantilly pour épouser Mme de Feuchères. »
 
A partir de cette période, le passé et le présent se mêlent sans distinction, les visages féminins se Ophélie, John Everett Millais, 1851superposent et leur nom devient des titres de nouvelles. De là naissent les Les petits châteaux de Bohème, Sylvie, en 1853, puis les Filles de feu et les Chimères, recueil de poésies, en 1854. Sous le titre d'Odelettes, il insère des poèmes dans les Châteaux de Bohème, en prose, et emprunte à Walter Scott, dans Ivanhoé, le nom d'un chevalier, portant sur ses armoiries un chêne déraciné et sa devise, el Desdichado (le déshérité).

Dans l'univers de Nerval les époques se côtoient dans une pure fantaisie, l'obsession du double (figure de la folie) hante ses pages ainsi que les rencontres féminines, qui suscitent le doute, l'espoir et finalement le néant. Ce sont dans les moments de lucidité que Nerval écrit, et jamais orthographe ou expression ne lui fit défaut. Son imaginaire, son délire était source, miraculeusement pourrait-on dire, d'une création intense et rigoureuse.

Entre deux accès de folie, il rédige son épitaphe : « Et quand le moment venu, las de cette vie,/ un soir d'hiver, enfin, l'âme lui fut ravie,/ il s'en alla, disant : "Pourquoi suis-je venu ? "
A la fin d'Aurélia (1855), Nerval écrit « Courage, mon frère, c'est la dernière étape. »
Le soir de sa mort, le 26 janvier 1855, il laisse un mot à sa tante qui l'héberge : « Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche. »

Il est retrouvé pendu à la grille d'un escalier rue de la Vieille Lanterne, près du Châtelet, son chapeau sur la tête. Suicide ? Accident ? Agression ? Porte d'un asile qui lui aurait été refusée ? La mort de Nerval reste une énigme à l'image de ses livres, de sa vie.