BiblioLettres
Cours de français, conseils méthodologiques
Accueil > Conseils méthodologiques > Commentaire > Exemple rédigé de paragraphes de commentaire : une fable
Le commentaire - Exemple rédigé de paragraphes de commentaire : une fable

 
Le Loup et l'Agneau de Jean de Lafontaine              

Rédaction d'une partie du commentaire sur l'argumentation du Loup:
 
            L'argumentation du Loup est caduque et trahit une démarche autoritaire, sans fondement, de la part  de "la  bête cruelle ".
            En effet, nous pouvons constater que le Loup fait preuve d'agressivité quand il s'adresse à l'Agneau  car il cherche à asseoir son autorité pour dominer sa victime. Ainsi, au vers 7, on remarque qu'il utilise le tutoiement afin de rabaisser l'Agneau, ainsi qu'une question rhétorique « Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? », qui n'attendant pas de réponse, ne permet pas à l'interlocuteur de se défendre. L'accusation est incontestable et implacable. De même, le futur du vers 9 «  tu seras châtié de ta témérité » et le présent des vers 18 « tu la troubles », doublée de la répétion du verbe « troubler »,  et 19 « Et je sais » insiste sur la tranquille assurance du Loup, qui est celle du tyran.  L'autorité du prédateur est aussi marquée par l'adjectif possessif «  mon breuvage » au vers 8, qui indique que le Loup s'approprie un élément naturel sur le seul prétexte de ce qu'il estime être sa supériorité. Enfin, on remarque qu'il n'y a pas de relation logique entre l'accusation ( tu troubles ma boisson) et l'exécution ( tu seras châtié), ce qui prouve que le Loup abuse de son pouvoir «  naturel ».  Aussi le lecteur comprend-t-il que le procès est fini dès le vers 9, et que la suite n'est qu'un long discours ayant pour but de justifier l'acte barbare et de cacher le réel motif qui anime le Loup.
          De plus,L'argumentation du Loup n'est construite que sur une succession de répliques sans enchaînement réel, donc sans fondement. En effet, la seule accusation utilisée par le Loup contre l'Agneau repose sur un postulat caduque selon lequel la rivière appartient au Loup que l'Agneau trouble. L'insuffisance de cette accusation est trahie par la répétition même du verbe troubler au vers 18, le Loup n'ayant pas tenu compte des arguments de sa future victime. Mais ce qui renforce cet aspect de l'argumentation du Loup est le recours à la calomnie : « Et je sais que de moi tu médis l'an passé. « , vers 19. L'affirmation « je sais » est purement subjective et peut être difficilement contredite, de plus le Loup n'apporte aucune justification à sa déclaration. Le verbe médire est aussi utilisé au passé simple, ce qui montre que la calomnie appartient au passé. Ici le Loup utilise l'argument du délit d'opinion, symbole d'une justice partiale et arbitraire. De même, l'argument final « on me l'a dit : il faut que je me venge » au vers 26,  accentue cette idée de rumeur avec le pronom indéfini « on », et la tournure impersonnelle « il faut « semble indiquer que le Loup est contraint de sévir, malgré lui, que la vindicte populaire en a décidé ainsi. Cet ultime prétexte souligne la parfaite vacuité de l'argumentation.
        Enfin, il est intéressant d'observer qu'à la fin de son discours, le Loup utilise des liens logiques, comme la répétition de la conjonction de coordination « donc » et « car » : « c'est donc ton frère », « c'est donc quelqu'un des tiens », aux vers 22 et 23, et « car, vous ne m'épargnez guère… », au vers 24. Or,  cette utilisation abusive montre que le Loup veut à tout prix avoir raison, d'une part sans tenir compte des réponses de l'agneau et d'autre part, en se référant à une réalité absurde, car construite sur une inversion de valeurs. En effet, le Loup sous entend que les agneaux, les bergers, et les chiens se sont ligués contre lui , et l'énumération du vers 25 insiste sur ce délire paranoïaque. Le Loup cherche ainsi à donner un aspect rationnel à sa démarche intellectuelle pervertie.
        Aussi constatons-nous que le Loup cherche à justifier son acte en employant les arguments du délit d'opinion et  du complot, vestiges d'une justice inique. Il est bien difficile dans ce cas pour l'Agneau de prouver son innocence.
     
 
A vous de retrouver le plan détaillé de cette partie, et de vous entraîner avec l'argumentation de l'Agneau.