BiblioLettres
Cours de français, conseils méthodologiques
Accueil > Courants Littéraires > Le siècle des Lumières > Qu'est-ce qu'être philosophe au siècle des Lumières ?
Le siècle des Lumières - Qu'est-ce qu'être philosophe au siècle des Lumières ?

 
Définition du « Philosophe »
 
lLes philosophes au Procope, Musée Carnavalet
 
 
Etymologiquement le philosophe est celui qui aime (philo) la sagesse (sophia). Au XVIIIème siècle émerge un courant de contestation fondé sur l'observation du monde. Des hommes souhaitent améliorer le monde dans lequel ils vivent afin que leurs concitoyens vivent eux aussi dans de meilleures conditions.


Le mot peut être pris dans son sens propre : le philosophe c'est celui qui « s'applique à l'étude des sciences et qui cherche à connaître les effets par leurs principes. » Son sens moral rappelle davantage l'étymologie citée ci-dessus : « On appelle philosophe un homme sage qui mène une vie tranquille et retirée de l'embarras des affaires. »


Dans l'article « Philosophe » de l'Encyclopédie, Dumarsay propose une définition du philosophe tel qu'il le voit au XVIIIème :
 
Le philosophe est tout d'abord un homme qui aime vivre, à cela il ajoute sa liberté de penser. Nous sommes loin à cette époque de la vision du penseur enfermé dans son cabinet, qui commente le monde sans le connaître.
 
Au contraire le philosophe aime la société, le genre humain. Il doit savoir se partager entre la retraite, nécessaire à l'élaboration d'une réflexion, et  le commerce (au sens de la « conversation » au XVIIIème). Il fréquente les Salons, lieux d'échanges intellectuels, maîtrise l'art de parler en société, se plait parfois à séduire son auditoire par son Verbe.

Il possède des qualités morales qui rappellent « l'honnête homme » du XVIIème : ses actions et ses réflexions sont toujours motivées par le bien d'autrui. « Honneur et probité » sont des valeurs morales qu'il place à un très haut degré.
 
C'est l'homme du dialogue par excellence, de la tolérance. La Raison est son seul guide. C'est  l'homme de la contestation, de la critique, « sage » car reposant sur la science des « faits ». Il se fait « l'apôtre d'une révolution pacifiste » car son seul but est d'atteindre le bonheur pour tous.
C'est l'homme de la liberté, de la libération de l'homme.
 
Une autre particularité du philosophe, selon Dumarsay, tient à la conception de sa morale : elle est laïque et non religieuse. Il agit au non de la société civile, qui a remplacé toute forme de divinité. Refusant l'obscurantisme de la superstition, entretenue par l'Eglise, du fanatisme, il s'éloigne de la religion.
 
Marivaux, dans son « cabinet du philosophe » se pose en observateur du monde et aborde tous les sujets. Il donne un aperçu représentatif de la définition du « philosophe ».
 
 
 
Les limites de cette définition
 
Si l'on retrouve dans le portrait de Dumarsay des hommes comme Voltaire ou Diderot, il en est un qui ne remplit pas tous les critères. C'est « l'ennemi du genre humain », comme l'appellera Voltaire à la suite de son Discours sur l'inégalité parmi les hommes : Rousseau.
Rousseau est, si l'on peut dire, une exception. Non qu'il ait au moins autant d'honneur ou de morale que ses condisciples, mais sa timidité maladive, son sentiment d'infériorité permanent, sa maladresse en société lui ont fait préférer la retraite, loin des obligations mondaines. Considéré comme un sauvage excentrique, il est mis au ban du « clan » des philosophes. Mais il n'en demeure pas moins que ses idées compteront énormément dans l'élaboration de l'esprit révolutionnaire.
 
Du point de vue de la religion les philosophes diffèrent aussi entre eux : Voltaire est déïste, il croit en un "grand horloger" dans la Nature; Rousseau a une conscience religieuse qu'il fonde sur le coeur et non la raison, selon lui la conscience est un instinct divin aux intuitions infaillibles; Diderot, lui, est résolument athée.
 
La défintion de Dumarsay donne les grandes lignes de ce qu'est un philosophe, mais il ne faut pas se limiter à cela.
Précédent :
Introduction