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Le siècle des Lumières - Qu'est-ce que les Lumières ?

 
L'action philosophique
 

Pour répondre à cette question, nous nous appuierons sur un texte du Marquis de Condorcet, publié après sa mort, en 1795 : l'Esquisse d'un tableau des progrès de l'esprit humain.Portrait de Condorcet par Greuze
 
Condorcet est un célèbre mathématicien et académicien de son temps, ami des philosophes, qui, pour avoir refusé de voter la mort de Louis XVI, fut emprisonné par Robespierre en mars 1794, et fut retrouvé mort le lendemain de son incarcération.
 
Les trois idéaux des Lumières selon Condorcet sont : raison, tolérance, humanité.
 
Les philosophes, selon lui, répondent à plusieurs missions : « répandre la vérité », « poursuivre les préjugés » et « détruire les erreurs populaires ». Il s'agit en effet d'instruire les hommes afin de prêcher la tolérance, de combattre les fanatismes qui se retournent souvent à cette époque contre les protestants, mais plus largement contre tout ce qui « autre ». La critique philosophique s'exerce contre le pouvoir politique tyrannique, ils luttent contre les despotes et les va-t-en-guerre, contre les lois inéquitables,  les abus du fanatisme religieux, et toutes les formes de barbarie (la torture est dénoncée, par exemple, par Voltaire dans son Dictionnaire Philosophique, article « torture »).

Condorcet évoque les moyens utilisés par ces philosophes pour répandre leurs idées, et force est de constater que cela est périlleux. Souvent ces hommes risquent leur vie pour leurs idées. Condorcet parle, entre autres, des Encyclopédistes (Diderot, d'Alembert, le chevalier de Jaucourt, Montesquieu, Condillac, plus ponctuellement Rousseau et Voltaire, etc) qui ont dû lutter pour obtenir un privilège royal pour la publication de l'œuvre (le premier date de 1748), et qui ont subi des condamnations, des interdictions, des suspensions de publications, et ce jusqu'en 1772, date de la fin de l'entreprise.
 
De fait les philosophes pratiquent toutes les formes littéraires : "la compilation la plus savante"  (l'Encyclopédie), le « roman » (pensez aux contes philosophiques, aux œuvres romanesques de Diderot, Rousseau et Voltaire), le « pamphlet ». Il faudrait ajouter les essais, les dialogues, les lettres et autres dictionnaires philosophiques.
 
Quand Condorcet souligne que les philosophes prenaient « tous les tons », et qu'ils caressaient « les préjugés avec adresse », on peut penser aux œuvres de :
-Montesquieu : qui utilise le ton de la plaisanterie dans les Lettres Persanes, mais aussi un tom moraliste dans l'Esprit des Lois.
 
-Marivaux : dramaturge de comédie sociale, l'Ile des esclaves, le jeu de l'amour et du hasard,
mais aussi de romans à portée sociale et philosophique, la Vie de Marianne, le Paysan parvenu, qui lui ressemble tant.

-Voltaire : qui varie tous les registres, l'ironie, le pathétique, le comique dans Candide, Zadig, son Dictionnaire philosophique.

-Rousseau : qui se fait moraliste dans ses Discours, mais aussi dans les lettres de La Nouvelle Héloïse.

-Beaumarchais : qui associe la plaisanterie au rire amère dans ses deux pièces les plus célèbres : le Barbier de Séville et le Mariage de Figaro, de loin la pièce la plus insolente de l'auteur.
 
Mais toujours les philosophes doivent avoir le soin de ménager "quelquefois les ennemis de la raison", car la censure rôde et attaquer frontalement son adversaire dessert l'entreprise juste que l'on s'est assignée.