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Le siècle des Lumières - La place du sentiment au XVIIIème siècle

 
Du rationalisme à la sensibilité

Il est courant de considérer qu'entre 1750 et 1760 il y a eu un tournant de ce qu'on a appelé le "rationalisme" vers la sensibilité. Il est vrai que dans les ouvrages de cette deuxième moitié du siècle des Lumières, le sentiment a pris une place de plus en plus importante.
 
 
Au théâtre, par exemple, le changement est perceptible. On parle de tragédie "sensible", de comédie "larmoyante". Voltaire écrit Nanine, Diderot invente le drame bourgeois, qu'il expose dans Entretien sur le fils naturel. Il s'agit d'exalter sur scène la vertu, l'honneur, les valeurs morales pures qui triomphent toujours des vices. L'amour, notamment filial, le père étant le pilier de la société française à cette époque, garant des valeurs, est représenté, et le fils, souvent se rebelle contre une éducation paternelle trop autoritaire, qui ne tient pas compte des élans du coeur. Avoir du coeur, être sensible est la garantie d'une âme bien née.
 
Manon LescaultDe cette réhabilitation du sentiment, étouffé au siècle précédent, naît une sorte de code de bone conduite vertueuse : le chevalier Des Grieux e l'abbé Prévost ne cherche pas à retenir ses larmes, de même que Saint Preux de la Nouvvelle Héloïse, et l'enthousiasme inspiré par un paysage, une vision est le gage d'une grande âme.

Les passions ne sont donc plus négatives et condamnées (comme le faisaient les moralistes du Grand Siècle) mais au contraire témoignent d'un caractère noble, d'une âme supérieure, voire du génie.
Diderot développe ses pensées et théories dans son importante correspondnace avec sa maîtresse Sophie Volland, mais aussi dans le Rêve de d'Alembert qui met en scène son ami et Julie de Lespinasse, sa Lettre sur les Aveugles, et ses textes de critique d'art, regroupés dans les Salons.
 
 
 
Les dérives de la sensiblerie
 
 
Mais à force de transports, d'accès de mélancolie, de frénésie larmoyante, et d'extase (la Religieuse de Diderot démontre tous ces aspects), la sensibilité est galvaudée, parfois ridicule quand elle est le prétexte à la résurgence de la superstition, de l'illuminisme parfois, et même du Diable, avec le Diable amoureux en 1772. Ce sont les débuts d'une littérature qui fleurit en Angleterre sous le nom de "gothics novels", avec notamment l'oeuvre phare de Lewis, le Moine, appelé le romantisme noir en Le Moine de LewisFrance.
 
Vers cette période il n'y a que Laclos et Beaumarchais, dans deux registres très différents, pour lutter contre ce travestissement de la sensibilité. Leurs oeuvres témoignent du triomphe de l'insolence et de la gaieté, Laclos avec ses intrigues libertines cyniques, et Beaumarchais avec son valet Figaro, pourfendeur fringant des privilèges.