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Le roman : vision de l'homme et du monde - Les « histoires comiques »

De Sorel à Furetière

 
 
 
En réaction contre la folie romanesque des romans précieux, se développe un autre type de roman  appelé les « histoires comiques ».
 Abraham Bosse le toucher

Tirant ses sources des romans latins satiriques, tel que le Satiricon de Pétrone, des fabliaux du Moyen Age, des livres rabelaisiens des romans picaresques espagnols et du Don Quichotte, ces romans revendiquent le droit à la vérité des êtres et des choses. Ainsi c'est le milieu bourgeois, populaire qui est mis en scène avec ses tentations triviales, voire vulgaires. Le bas se fait le contre point du sublime précieux. La société représentée n'est évidemment pas du tout idéalisée et semble au contraire regorgée d'êtres crapuleux, médiocres que doit fréquenter le héros, personnage picaresque la plupart du temps. La farce domine cette littérature et supplante parfois le souci de réalisme.
 
L'Histoire comique de Francion de Charles Sorel (1623) est le premier chef-d'œuvre du genre. Sorel,  un jeune bourgeois, imagine un jeune héros, Francion  racontant sa vie. De la petite enfance à l'âge d'homme, le narrateur décrit tous les milieux qu'il a traversés pour devenir ce qu'il est : ses jeunes années, élevé par une nourrice, ses années de formation au collège, ses tentatives pour approcher le roi, ses rencontres au hasard des routes qui le font participer à un mariage bourgeois, ses découvertes amoureuses et les rivalités, sa quête de l'âme sœur grâce à un portrait.
Les ingrédients romanesques sont au rendez-vous : influences  picaresque, épique, voire héroïque se mêlent pour former une œuvre qui se veut satirique en critiquant les tares de la société. Le vocabulaire est parfois très cru, les situations indécentes à tel point que Sorel est obligé d'édulcorer son roman lors de la seconde édition en 1626. Francion est le digne représentant du courant libertin (que l'on retrouve chez Cyrano de Bergerac) avec sa pensée matérialise, sa passion de la liberté et sa volonté de faire tomber tous les préjugés religieux, moraux, politiques.
 
Ses histoires comiques s'enrichissent des œuvres de Pierre Scarron (un autre bourgeois qui épousera la future Mme de Maintenon, seconde épouse de Louis XIV) avec le Roman Comique (1651-1657) puis Furetière avec le Roman Bourgeois en 1666.
Dans le premier, le lecteur est conduit à suivre les péripéties d'une troupe théâtrale dans une ville de province. Il fréquente les milieux les plus populaires avec sa horde de « trognes » spécifiques : les tripots, les hôtelleries, les halles, les routes aventureuses du Maine. La caricature se dispute à la parodie la première place et Scarron devient le maître du burlesque.
Quant à Furetière il décrypte le monde la petite et médiocre bourgeoisie, celle des avocats, de la Place Maubert à Paris. Il comptait dénoncer la bêtise de ces vies étroites, pétries de petits préjugés. A nouveau cette œuvre sert de parfait témoignage sur les coutumes, les pensées d'un milieu précis de la société.
 
Frontispice, premiere édition des Etats et Empires

Cyrano de Bergerac écrit lui aussi une histoire comique : en 1657 est publié en édition posthume les Etats et Empires de la Lune et du Soleil, qui s'apparente au conte philosophique. Athée et matérialiste, Bergerac dénonce les impostures de la religion. Appartenant au courant des libertins (libertinage de pensée qui remet en cause les fondements, notamment religieux, de la société au XVIIème siècle) l'auteur imagine vulgariser auprès de ses lecteurs les dernières avancées scientifiques de son temps. Cette démarche vise à s'opposer aux vieilles conceptions de l'Eglise et à rendre à l'homme sa liberté en le replaçant dans l'univers.