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Le courant réaliste et naturaliste - L'histoire du courant naturaliste

Le courant naturaliste est le prolongement naturel du courant réaliste. Les écrivains appartenant à ce courant se revendiquent de leurs aînés "réalistes".
 
Les années 1865-1870
Olympia Manet 1865
 

Il existe une génération intermédiaire entre celle des réalistes et celle des naturalistes.
Si l'on se réfère strictement aux dates Flaubert, qui fait paraître l'Education Sentimentale, livre phare de toute une génération, en 1869. De fait on retrouve cet auteur dans les deux courants littéraires (ou dans aucun, ce qui revient au même, puisque Flaubert ne s'est jamais revendiqué d'un mouvement précis.)
 
Moins sujet à discution, les frères Goncourt publient Germinie Lacerteux en 1864, qui est le premier roman jamais écrit sur le peuple.
 
Thérèse Raquin est écrit en 1867 et fait connaître son jeune auteur, Emile Zola. L'année suivante, Zola défend dans l'article "Edouard Manet" de l'Evénement Illustré, le tableau d'Edouard Manet, Olympia, présentant une femme nue, mais coiffée pour sortir, le regard accrochant celui du spectateur, allongée sur un lit, comme en attente. Au fond une servante noire apporte un bouquet. Le sujet (une courtisane et non une déesse, plus classique), le traitement (réaliste, sans fard) provoquent le scandale et le dégout excessif des spectateurs et critiques heurtés dans leurs valeurs bourgeoises. Zola ne perd pas l'occasion de stigmatiser l'hypocrisie de ces amateurs d'art, mais surtout il revendique sa propre approche de l'art : "Ah! nous n'avons plus les beaux corps de femmes, puissants et forts, que copiaient les peintres du XVème siècle, et lorsque nos artistes nous donnent des Vénus, ils corrigent la nature, ils mentent. Edouard Manet s'est demandé pourquoi mentir, pourquoi ne pas dire la vérité." 10 mai 1868.
 
En parallèle Claude Bernard présente son Introduction à la médecine expérimentale. L'approche scientifique des faits humains sera la méthode appliquée par les écrivains à venir.
 
 
 Les années 1870 à 1902

Le premier volume des Rougon-Macquart, la Fortune des Rougon, paraît en 1871. Le projet de Zola est d'étudier le destin des membres d'une famille sous le second Empire. Chaque être est le résultat de "la lente succession des accidents nerveux et sanguins qui se déclarent dans une race" (Préface de la Fortune des Rougon). Ainsi chacun va réagir selon son milieu, bourgeois ou populaire, et son tempérament, fruit de son hérédité. Zola annonce : "J'analyserai à la fois la somme des volonté de chacun de ses membres et la poussée générale de l'ensemble." Dans cette optique, la Fortune des Rougon "doit s'appeler de son nom scientifique : les Origines."
 
 
L'argent est l'un des ressorts dramatiques principaux de l'intrigue et sert de base à l'autopsie de la classe bourgeoise.
En 1877 l'Assommoir assure à son auteur un succès retentissant. La déchéance de la petite blanchisseuse parisienne, Gervaise, de son mari, Coupeau, alcoolique invétéré, et de son amant, Lantier, marque les esprits qui suivent avec passion la fatalité de l'hérédité.
 
L'Age d'or du naturaliste se situe autour des années 1880 : Alphonse Daudet, Maupassant, Zola et ses invités aux soirées de Médan, montrent leur attachement à la médecine, à la physiologie at à la psychopathologie. Les dérèglements de la vie psychique, l'hypnose, les tares familiales alimentent leurs oeuvres qui donnent une vision sombre du monde et des hommes, frappés par le déterminisme. Nul ne semble pouvoir échapper à son destin, inscrit dans ses gènes, dirons-nous maintenant.
 
Emile Zola expose sa théorie dans le Roman expérimental en 1880 : "Nous montrons le mécanisme de l'utile et du nuisible, nous dégageons le déterminisme des phénomènes humains et sociaux, pour qu'on puisse un jour dominer et diriger ces phénomènes. En un mot, nous travaillons avec tout le siècle à la grande oeuvre qui est la conquête de la nature, la puissance de l'homme décuplée."
 
A cette vision rationaliste, directement influencée par le positivisme ambiant (foi absolue dans la science) s'opposent avec virulence des écrivains qui se revendiquent du spiritualisme tels que Villiers de l'Isle Adam avec son Eve Future, Barbey d'Aurévilly ou Léon Bloy. Ce courant appelé aussi décadent produit des oeuvres d'une force poétique rare.
 
1902 est l'année de la mort d'Emile Zola, et marque la fin d'un courant littéraire, qui inspirera néanmoins la génération des écrivains suivants.