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Biographie de Flaubert - Les avis des contemporains sur Flaubert

 
Les avis des contemporains sur Flaubert


Certains amis de l'écrivain lui reconnaissent des qualités humaines, mais aussi une propension à l'exaltation excessive ; quand d'autres féroces et jaloux lui ôtent toute prétention littéraire.

Georges Sand écrit, avec une certaine tendresse:
 
« Je suis fatiguée, courbaturée, de mon cher Flaubert. Je l'aime beaucoup, il est excellent mais trop exubérant de personnalité. »

Maupassant rédige un Gustave Flaubert en 1884 dans lequel il fait le portrait de l'homme de lettres qui contribua à la postérité de son oncle:
 
 « Quelquefois, jetant dans un grand plat d'étain oriental rempli de plumes d'oie soigneusement taillées la plume qu'il tenait, il prenait la feuille de papier, l'élevait à la hauteur du regard, et, s'appuyant sur un coude, déclamait d'une voix mordante et haute. Il écoutait le rythme de sa prose, s'arrêtait comme pour saisir une sonorité fuyante, combinait les tons, éloignait les assonances, disposait les virgules avec science comme les haltes d'un long chemin. »
 
Louise Colet quant à elle évoque Flaubert en tant que maîtresse parfaitement lucide : Caricature de Louise Colet par Ancourt, le Bouffon n108 fev 1868
 
« Toujours maître de lui, même entier abandonnement de tout ce qui lui plaît. Le soir, chez moi, mais toujours tristesse amère de la posséder si peu et d'influencer si peu sur sa nature. Il me dit adieu sans me parler de ma situation, quoique je n'eusse rien accepté de lui. Ceci a un côté navrant, car je comprends au peu de souci qu'il prend de ma misère la ténuité de con amour… et cependant il est bon, généreux et même prodigue, et il ne s'inquiète pas des humiliations qui torturent la femme qu'il a pressée dans ses bras avec passion. C'est triste. »

Flaubert décrit ainsi le romancier qu'il est:
 
 « Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonhommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d'aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommet de l'idée ; un autre qui creuse et qui fouille le vrai tant qu'il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement des choses qu'il reproduit. (lettre de 1852)

Barbey d'Aurévilly, fidèle à sa réputation de critique du Constitutionnel, signe un papier assassin sur l'Education sentimentale et son auteur :
 
« Malheureusement, si M. Flaubert a le bonheur de n'être pas un esprit facile, il n'a nullement celui d'être un esprit fécond (...) C'est un esprit de sécheresse supérieure parmi les Secs, une intelligence tout en surface, n'ayant ni sentiment, ni passion, ni enthousiasme, ni idéal, ni aperçu, ni réflexion, ni profondeur (…) Il n'est pas besoin d'âme pour ces métiers et ces industries (gaufreur ou enlumineur de cartes de géographie) ; il n'en est pas besoin davantage pour les ouvrages que fait M. Flaubert. (…) Mais en attendant, la critique qui dès Salammbô, avait prévu son épuisement définitif, peut écrire, de ses mains tranquilles, l'épitaphe de cet homme mort : « Ci-gît qui sut faire un livre, mais qui n'en sut pas faire deux. »

Un même fiel coule de la plume de Léon Bloy après la mort de Flaubert :
 
« Assurément nul écrivain ne fut aussi héroïque. Il fut à la fois Œdipe et le Sphinx et passa chiennement sa vie à se déchirer lui-même, avec des griffes et des crocs d'airain, pour se punir de ne jamais deviner le secret de son impuissance. »